Changement climatique, environnement et travail du FMI
Chacun reconnaît aujourd'hui que le changement climatique pose des problèmes macroéconomiques, budgétaires et financiers qui pourraient être graves, en particulier dans bon nombre de pays à faible revenu. Il pourrait entraîner une réduction très sensible de la production et de la productivité, notamment dans l'agriculture, la pêche et le tourisme, et s'accompagne d'un risque limité (quoique impossible à connaître réellement) d'événements catastrophiques. Les mesures d'atténuation de ce changement — qui visent à réduire son ampleur en diminuant les émissions de gaz de serre — seront coûteuses, tout comme l'adaptation aux effets qui perdureront. |
Le FMI entend apporter sa contribution à la connaissance et au traitement des problèmes macroéconomiques, budgétaires et financiers que pose le changement climatique, conformément à son avantage comparatif, son domaine de compétence et son mandat. Dans le cadre plus vaste de la politique économique internationale, le FMI ne pilote pas les travaux sur le changement climatique, mais collabore avec des organisations — ONU, Banque mondiale — qui assument ce rôle. Étant donné ses contraintes de ressources, le FMI cantonne son action dans le domaine du changement climatique aux demandes qui lui sont faites et privilégie les activités de conseil aux pays membres où le changement climatique peut avoir un impact significatif sur la stabilité économique et financière. Il s'applique aussi à faciliter la compréhension des questions complexes de conception et de coordination des politiques budgétaires qui devraient se poser lors de la négociation de l'accord qui succédera au Protocole de Kyoto.
Les défis macroéconomiques du changement climatique
Le changement climatique est un problème économique unique, à bien des égards, par sa complexité. Il nait d'une externalité globale : les émetteurs de gaz de serre ne supportent pas la totalité des dommages qu'ils causent, et ceux-ci sont les mêmes quel que soit l'endroit d'où provient l'émission. Il existe une très forte asymétrie entre les coûts (immédiats) des actions à engager pour limiter le phénomène et les avantages (plus longs à se manifester) à attendre de ces initiatives. Il y a de multiples incertitudes et irréversibilités, dont le risque — d'une probabilité faible mais impossible à connaître réellement — d'événements catastrophiques. Et il existe de grandes différences en ce qui concerne l'impact que ce changement aura sur les différents pays et l'importance de leur contribution aux concentrations atmosphériques responsables du réchauffement.
Deux documents récents illustrent la contribution du FMI à la connaissance et au traitement des problèmes macroéconomiques posés par le changement climatique.
Les Perspectives de l'économie mondiale du printemps 2008 consacrent un chapitre au changement climatique et à l'économie mondiale, qui présente les problèmes macro-économiques posés par ce phénomène et les politiques à mener pour y répondre. Il souligne que les mesures d'atténuation du changement climatique peuvent avoir des conséquences macroéconomiques rapides et d'une portée considérable. La tarification des émissions de gaz de serre pèserait sur la croissance des économies nationales, les niveaux d'épargne et d'investissement, les flux de capitaux et les taux de change. Toutefois, le chapitre présente aussi les résultats d'une simulation montrant que ces coûts peuvent être réduits au minimum si les politiques menées sont bien conçues. Les mesures prises doivent en particulier être crédibles et s'inscrire dans le long terme — tout en restant assez flexibles pour s'ajuster aux nouvelles données et à l'évolution des conditions économiques — et s'appliquer à une échelle aussi vaste que possible, tout en étant gérées de façon à assurer une répartition équitable des coûts.
Un document du Conseil sur des questions de politique générale traite plus en détail des conséquences du changement climatique, qui peuvent prendre de multiples formes. Ce phénomène influera directement sur les assiettes fiscales et les besoins de dépenses publiques mais, au-delà, la fiscalité et la politique de dépenses ont aussi un rôle plus actif à jouer. Pour atténuer les effets du changement climatique — en réduisant les émissions — les outils fiscaux (la taxation des émissions, leur limitation par un mécanisme d'échanges de droits d'émission) peuvent assurer que tous les émetteurs de gaz de serre en supportent les coûts environnementaux. Les mesures d'atténuation reposent sur l'idée que chaque émetteur devrait supporter le coût marginal de son action pour l'ensemble de la société. Le principe est simple, mais soulève d'énormes problèmes théoriques et pratiques qui appellent des efforts et des solutions à l'échelle mondiale. Des dépenses publiques peuvent aussi faciliter l'adaptation au changement climatique — pour réduire l'exposition de la société aux risques y afférents — en améliorant les infrastructures, la protection des zones littorales, l'éducation, la santé, l'accès à l'eau. Elles devraient progresser de pair avec le changement climatique et pourraient dépasser 100 milliards de dollars par an d'ici 2030, voire plus tôt.
Le changement climatique a des conséquences pour les marchés financiers, qui doivent offrir des instruments novateurs («obligations catastrophe», produits dérivés couvrant les risques liés au climat) pour y faire face. Les Perspectives et le document du Conseil déjà cités évoquent cette question, et Finances & Développement de mars 2008 consacre des articles aux aspects macroéconomiques du changement climatique.
Autres travaux du FMI liés à l'environnement
Bien qu'il soit au premier plan des préoccupations, le changement climatique n'est pas la seule question écologique d'importance macroéconomique. Il y en a d'autres : la pollution locale, qui appelle le recours aux écotaxes ; la gestion des forêts et autres ressources renouvelables par la taxation de ces ressources et l'octroi de concessions ; l'adoption d'une fiscalité environnementale adaptée. Certaines de ces questions peuvent avoir une incidence sur la question climatique (la réduction de la déforestation réduit les émissions de carbone, la diminution de la pollution locale est associée à une moindre utilisation des combustibles fossiles); mais ce sont aussi des questions indépendantes qui, dès qu'elles ont un impact significatif sur les résultats macroéconomiques, appellent l'attention du FMI.
